Quote (dijonnais @ Apr 26 2013 05:10pm)
J'ai lu rapidement le topic, et l'un de vous (Apocalix me semble-t-il) a écrit : "il ne vaut pas Jaurès ".
Je ne vais répondre qu'à ça.
Sur la forme, certainement pas, en effet.
Mais c'est la différence d'époque qui en est la cause.
A l'époque de Jaurès, au début du XX ème siècle, ce sont les grands discours où l'on traite des questions de fond qui font la notoriété des hommes politiques.
Aujourd'hui, les grands discours n'intéressent quasiment plus personne, et le fond n'est que très partiellement traité (voire pas du tout) par les grands médias. Ce qui intéresse les médias, ce sont les petites phrases, les polémiques... Mélenchon l'a bien compris, et use et abuse de la méthode pour être entendu des médias (alors que c'est un intellectuel fin et cultivé). Ce qui est très certainement contre-productif (son one man show perpétuel - et volontaire - sur les médias l'est aussi; ce qui est lassant à force). Mais c'est un autre débat.
Mais sur le fond, Mélenchon a de nombreux points communs avec Jaurès . Comme Jaurès, Mélenchon est un orateur hors-pair; comme Jaurès c'est un spécialiste de la Révolution Française (Jaurès avait écrit l'"Histoire socialiste de la Révolution Française"); enfin comme Jaurès c'est un défenseur acharné de la République.
Faire une comparaison minutieuse prendrait beaucoup trop de temps.
Pour ne prendre qu'un exemple emblématique, l'adoration que portent Jaurès et Mélenchon à Robespierre (et à la République) :
extrait du discours de Jean Jaurès : "Je suis avec Robespierre" (1903)
« … Je ne veux pas faire à tous ces combattants qui m’interpellent une réponse évasive, hypocrite et poltronne. Je leur dis : Ici, sous ce soleil de juin 93 qui échauffe votre âpre bataille, je suis avec Robespierre, et c’est à côté de lui que je vais m’asseoir aux Jacobins. Oui, je suis avec lui parce qu’il a à ce moment toute l’ampleur de la Révolution. Je suis avec lui, parce que s’il combat ceux qui veulent rapetisser Paris à une faction, il a gardé le sens révolutionnaire de Paris. Il empêchera l’hébertisme de confisquer l’énergie populaire ; mais il ne rompt pas avec cette énergie ; (…) Il n’a peur de Paris, et la preuve, c’est qu’il conseille aux sans-culottes parisiens de ne pas s’enrôler en masse pour les frontières, de rester armés au cœur de Paris pour préserver la capitale de toute surprise contre-révolutionnaire. S’il avait eu contre la Commune de mauvais desseins, il aurait fait le vide autour d’elle : il aurait expédié en Vendée ou en Flandre, ou en Roussillon, ou sur les bords du Rhin, les patriotes véhéments. Il s’applique, au contraire, à les retenir et il supplie la Commune de se servir de cette force populaire non pour subordonner, non pour violenter ou menacer la Convention, mais pour la protéger au contraire, pour lui donner la confiance invincible qu’elle communiquera à la France et aux armées (…) Par la Convention loyalement unie à une commune ardente, mais respectueuse de la loi, c’est toute la France qui gouverne, qui administre, qui combat. Paris est le foyer le plus vaste, le plus ardent et le plus proche où la Révolution se réchauffe : il n’est pas à lui tout seul la Révolution. La démocratie est donc pour Robespierre à la fois le but et le moyen : le but puisqu’il tend à rendre possible l’application d’une Constitution en qui la démocratie s’exprime ; le moyen puisque c’est avec toute la force révolutionnaire nationale, concentrée, mais non mutilée, qu’il veut accabler l’ennemi. Hors de lui le reste est secte. O socialistes, mes compagnons, ne vous scandalisez pas ! Si le socialisme était une secte, si sa victoire devait être une victoire de secte, il devrait porter sur l’histoire un jugement de secte, il devrait donner sa sympathie aux petits groupements dont les formules semblent le mieux annoncer les siennes, ou à ces factions ardentes qui en poussant presque jusqu’au délire la passion du peuple, semblaient rendre intenable le régime que nous voulons abolir. Mais ce n’est pas d’une exaspération sectaire, c’est de la puissante et large évolution de la démocratie que le socialisme sortira : et voilà pourquoi, à chacun des moments de la Révolution Française, je me demande : quelle est la politique qui sert le mieux toute la Révolution, toute la démocratie ? Or, c’est maintenant la politique de Robespierre. Babeuf, le communiste Babeuf, votre maître et le mien, celui qui a fondé en notre pays, non pas seulement la doctrine socialiste, mais surtout la politique socialiste, avait bien pressenti cela dans sa lettre à Coupé de l’Oise : et voici que quinze mois après la mort de Robespierre, quand Babeuf cherche à étayer son entreprise socialiste, c’est la politique de Robespierre qui lui apparaît comme le seul point d’appui. A Bodson, à ce Cordelier ardent qui assistait aux séances du club dans la tragique semaine de mars 1794, où l’hébertisme prépara son mouvement insurrectionnel contre la Convention, à Bodson, resté fidèle au souvenir d’Hébert, Babeuf ne craint pas d’écrire, le 29 février 1796, qu’Hébert ne compte pas, qu’il n’avait su émouvoir que quelques quartiers de Paris, que le bonheur commun devait avoir pour organe toute la communauté et que Robespierre seul, au-delà des coteries, des sectes et des combinaisons artificielles et étroites, a représenté toute l’étendue de la démocratie. »
discours de Mélenchon pour la célébration du 220 ème anniversaire de la République le 21 septembre 2012 sur invitation de la Société des études robespierristes
http://www.youtube.com/watch?v=IYiVDOz0VxU
putain quel discours !
Dommage qu'on ait pas des hommes politiques pareils en belgique
