Quote (Agarwaen @ 23 Sep 2010 05:32)
http://www.youtube.com/watch?v=x_223jKXKgQ
Note d'attention,
Caen, 16 septembre
Nous attirons l'attention sur les faits suivants : le chanteur Leonard Cohen est actuellement en tournée en France. Le premier concert d'une série de cinq s'est déroulé hier au Zénith de Caen. La salle était pleine, soit plus de 4000 personnes. L'an dernier, nous avions déjà assisté à des concerts de ce chanteur étranger, mais pas une fois nous avions été témoins des faits que nous avons relevés hier soir. Le concert dure habituellement trois heures. M. Leonard Cohen est accompagné de deux choristes et de cinq musiciens. Tout s'est passé normalement lors de la première partie : l'assistance était enthousiaste, autant que lors des prestations précédentes. C'est après l'entracte que les évenements ont eu lieu. La quatrième chanson de la deuxième partie s'intitule " The gypsy's wife" ("La femme du Gitan"). Lorsque le dénommé Leonard Cohen est arrivé à la fin du premier couplet - "and where, where is my Gypsy wife tonight ?" - une ovation est montée de la foule. Le chanteur, étranger lui-même, semblait surpris. Celà s'est répété à chaque reprise (trois) de cette phrase. Et lorsqu'il a terminé la chanson sur ces mots : "And there is no man or woman who can't be touched, but you who come between them will be judged" ("et il n'y a aucun homme ou femme qui ne puisse être touché, mais celui parmi vous qui vient entre eux sera jugé"), une clameur qu'on pourrait qualifier de vengeresse est montée de l'assistance. On se serait cru à une manif. Nous nous permettons de faire remarquer que dans le contexte actuel les paroles de la chanson susdite prêtent à une interprétation politique sans équivoque. Et que de simple chanson d'amour elle est devenue, en à peine un an, une chanson-manifeste : nous en déduirons que la pourtant admirable circulaire dite " de la chasse aux roms " déclenche une indignation inédite.
La suite de la soirée confirme cette analyse : lorsque le chanteur étranger entonna " The Partisan ", chant de Résistance écrit en 1944 qui figure à son répertoire depuis plus de quarante ans, les mêmes clameurs jamais entendues jusqu'ici fusèrent de l'assistance, qui donnait toutes les apparences d'être bouleversée. " J'ai changé cent fois de noms, j'ai perdu femme et enfants mais j'ai tant d'amis, j'ai la France entière " : il faudrait veiller à ce que dans les circonstances actuelles cet appel à la résistance et à la falsification des papiers d'identité ne devienne pas lui aussi un manifeste politique.
A la suite de cette inquiétante soirée, nous déconseillons vivement au Président, qui l'an dernier avait assisté avec son épouse Carla B. à un concert de ce chanteur étranger à l'Olympia, de renouveler l'opération, laquelle est désormais très risqué. Nous lui recommandons plutôt un concert privé de son ami Barbelivien. Il est à craindre que d'autres objets culturels jugés jusqu'ici inoffensifs ne se transforment en armes politiques. Ainsi l'album de Tintin " Les bijoux de la Castafiore", dans lequel on voit des romanichels suspectés à tort d'un vol : si demain on se met à les brandir dans les manifs, qu'y pourra la force politique ?
/e : corrections des fautes de frappe, ce portable a un clavier vraiment minuscule ~~
Intéressante la note.