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May 17 2016 08:41am
Quote (F34RG0D @ May 16 2016 10:03pm)
La France a fait le choix de l’inactivité. Telle est la thèse de Jean-Olivier Hairault dans son dernier ouvrage qui parait jeudi, Ce modèle social que le monde ne nous envie plus (Editions Albin Michel). En voulant éviter le chômage, en veillant à préserver les salaires élevés, en refusant de créer des emplois peu qualifiés car jugés « indécents », nous avons récolté l’exact contraire. Le chercheur passe au crible tout ce qui a contribué à abîmer notre sacro-saint modèle social : le cercle vicieux du travailler toujours moins, les 35 heures, la retraite à 60 ans… L’Opinion dévoile les bonnes feuilles de cet essai passionnant. Fanny Guinochet
Le refus des « petits boulots »
Comment préserver la profitabilité des emplois à faible productivité lorsque le salaire minimum est relativement élevé ? Comment s’assurer de l’intérêt du travail dans des métiers souvent difficiles, mal payés, quand l’inactivité offre des conditions de revenu peu différentes ? L’ensemble des pays développés se sont trouvés confrontés à ces deux questions fondamentales, avec une intensité certes différente selon la générosité initiale de leur Etat providence. Ils vont y répondre selon une logique similaire, en mettant l’accent sur la sortie coûte que coûte de l’inactivité et du chômage, quitte à revoir à la baisse la générosité de leur modèle social. La France va se singulariser en résistant à ce qui est considéré comme une régression sociale, en tenant bon sur l’existence d’un salaire minimum et de minima sociaux relativement élevés, se protégeant avec ces deux verrous de la déferlante des « petits boulots » et de son lot d’inégalités.
Il existe un vrai dilemme, qu’il n’est d’ailleurs pas forcément souhaitable de régler toujours en faveur de l’emploi coûte que coûte. Mais il faut rejeter aussi bien l’idée que le salaire minimum et des minima sociaux relativement élevés seraient sans conséquence sur l’emploi que celle qui accepte sans état d’âme une paupérisation croissante dans le monde du travail au nom de l’emploi à tout prix. Certains peuvent se féliciter de l’expérience allemande à nos frontières depuis les réformes de Gerhard Schröder, avec sa réussite en termes de chômage, d’autres la regretter, face à la montée des working poor. C’est un arbitrage qui mérite d’être discuté et tranché de façon démocratique.
Un choix assumé ?
Certains continuent de (faire) croire que le salaire minimum n’est pas un problème pour l’emploi en France. Cela est vrai pour bon nombre de métiers, mais les expériences étrangères montrent qu’en l’absence d’un salaire minimum contraignant, on voit se créer de nombreux emplois à bas salaires. Les réformes Schröder ont fait sauter le verrou des emplois à (très) bas salaires en Allemagne : ces derniers se sont alors multipliés, au prix d’une hausse des inégalités salariales, à laquelle nous avons également assisté outre-Atlantique. Les working poor sont maintenant une réalité en Allemagne, mais le chômage atteint un minimum historique. Ainsi, plus de 17 % des salariés allemands gagnent moins de 8,50 euros de l’heure, le niveau du futur salaire minimum prévu pour 2015. C’est particulièrement le cas pour les Allemandes qui travaillent en outre souvent à temps partiel, surtout lorsqu’elles ont des enfants à charge. Les « minijobs » n’offrent au maximum que 400 euros net par mois pour un temps partiel, en moyenne à 5 euros brut de l’heure, sans droits à la retraite, et ils se sont développés de façon importante dans les secteurs de la restauration et du commerce. Ils concernent respectivement plus de 60 % et de 40 % de l’ensemble des employés de ces deux secteurs.
La société française n’a pas toujours conscience qu’elle refuse de façon récurrente de faire baisser le chômage en créant des emplois qu’elle juge indécents. Nous n’avons rien essayé, peut-être à juste titre, mais souvent en refusant de considérer a priori cette alternative ; non en raison de la contradiction réelle entre égalité et emploi, mais au contraire en raison d’une supposée absence de contradiction, selon une logique keynésienne mal comprise par laquelle un salaire minimum élevé permettrait de soutenir le revenu des travailleurs pauvres et donc leur consommation. En réalité, rien n’assure que ces revenus se traduisent par une demande plus élevée dans les secteurs employant au salaire minimum, a fortiori si dans ces derniers les entreprises doivent augmenter fortement leur prix de vente pour répercuter les coûts salariaux. Sans hausse forte de la productivité, il ne reste à la fin qu’un handicap souvent insurmontable.
En vérité, le chômage des travailleurs les moins qualifiés est un choix, pas une fatalité. Il n’est pas vrai que des salaires très faibles ne permettent pas de réduire le chômage, lorsque ce dernier est d’abord un phénomène qui touche les travailleurs les moins qualifiés. Ce point doit d’abord être reconnu pour poser le débat sur des bases claires. Confrontés à l’expérience allemande, ceux qui sont les plus réfractaires à une baisse du smic ont dû se ranger à l’évidence : oui, l’absence de salaire minimum en Allemagne a bien permis d’augmenter l’emploi dans le secteur des services, participant fortement à la baisse du taux de chômage. Ils sont finalement contraints de dévoiler le fond de leur conviction : non, ce n’est pas acceptable compte tenu de la faiblesse des salaires versés et du développement des temps partiels, qui augmentent le nombre de working poor. D’une certaine façon, l’expérience allemande, très médiatisée en France, permet de faire tomber les masques et doit permettre d’imposer un débat explicite. Ce débat douloureux doit s’ouvrir sans a priori, sans nécessairement vouloir trancher dans le même sens que nos voisins allemands.
Comme toujours, on aimerait qu’une alternative à ce dilemme soit possible, la sortie par le haut dont on rêve, l’alternative où les travailleurs non qualifiés se transformeraient en travailleurs qualifiés. On peut bien sûr le regretter, mais c’est un fait : cette situation rêvée n’existe pas en réalité.
Un salaire minimum élevé pour quelle finalité ?
Il est frappant de constater que les trois pays industrialisés les moins inégalitaires, la Finlande, le Danemark, la Suède, n’ont pas de salaire minimum légal. D’ailleurs, il n’y a pas eu de baisse significative du taux de pauvreté en France au cours des années 2000 pendant lesquelles le smic a le plus augmenté, aussi bien en termes de pouvoir d’achat que relativement au salaire médian. Comme le soulignent Pierre Cahuc, Gilbert Cette et André Zylberberg, le sort des pauvres dans la population dépend de leur situation face à l’emploi. En France, le salaire minimum permet de sortir de la pauvreté ceux qui travaillent, au moins à temps plein, mais accentue la pauvreté en dehors de l’emploi, de façon moins visible, en diminuant la possibilité de revenir à l’emploi pour les non-qualifiés. C’est donc un choix très fort et symbolique que de maintenir ceux qui travaillent hors de la pauvreté, au risque d’augmenter celle des autres restés en dehors de l’emploi.
Comment expliquer ce choix en France ? Plus que la réduction des inégalités entre individus, le salaire minimum est perçu comme un soutien au pouvoir de négociation des travailleurs par rapport aux entreprises, une façon de peser sur le partage salaire-profit, puisque le niveau du smic pousse en fait à la hausse l’ensemble des salaires en France. Le débat autour du smic et sa virulence ne peuvent se comprendre en dehors d’un contexte où la thématique marxiste de l’exploitation du travail par le capital pèse de tout son poids. Travailler pour trop peu, c’est se faire exploiter d’autant plus. Le salaire minimum cristallise cette histoire sociale et la France fait figure d’exception dans le monde développé : la précarité par le chômage et l’inactivité y sont acceptées, mais elles sont beaucoup plus tolérables que les inégalités de salaires, car ces dernières portent la marque de la perte de pouvoir des travailleurs face au capital. D’une certaine façon, la société française semble accepter comme une fatalité les inégalités hors du marché du travail alors qu’elle voit dans les inégalités de salaires la responsabilité insupportable du capitalisme et la preuve de l’exploitation du travail par le capital.
Dans cette vision, l’emploi ne serait pas menacé car la profitabilité des entreprises ne serait que réduite, aucunement détruite. Logiquement, aucune intervention publique ne devrait alors chercher à aller à l’encontre de ce choix. Or, ce n’est pas le cas. Les gouvernements, depuis vingt ans, par souci légitime de compenser les effets du salaire minimum sur l’emploi, se retrouvent embarqués dans une politique d’exonérations de charges patronales sur les bas salaires. Depuis 1993, la France mène ainsi une politique de réduction du coût du travail qui a conduit finalement à enlever la plus grande part des cotisations sociales patronales au niveau du smic, ces exonérations diminuant ensuite progressivement pour finir par s’annuler à un salaire égal à 1,6 smic. Il faut naturellement compenser ces moindres recettes pour les caisses de l’État providence par davantage de prélèvements sur les ménages à travers un basculement des cotisations sociales vers l’impôt des ménages, la contribution sociale généralisée (CSG) en particulier. Cette politique conduit à un transfert de plus 20 milliards d’euros des ménages vers les entreprises.
On ne mesure pas toujours combien l’existence d’un salaire minimum élevé entraîne toute une série de prélèvements sur les ménages. Au final, le salaire minimum est « payé » en partie par les ménages, en fait comme une prime d’assurance contre le risque de pauvreté au travail.

superbe


c'est bien les adeptes du déclin français ont les mêmes thèses depuis 15 ans
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May 30 2016 05:11pm
Pour préserver la profitabilité du débat mes calculs indiquent que tu devrais te taire à jamais.. le tafta, on en veux pas désolé
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May 30 2016 05:26pm
http://www.imf.org/external/pubs/ft/fandd/2016/06/pdf/ostry.pdf

Feargod ?

This post was edited by TaGueule on May 30 2016 05:26pm
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Quote (TaGueule @ May 31 2016 01:26am)


oui j'ai lu. il y a quand même des critères importants qu'ils ne prennent pas en compte.
typiquement décrire les problèmes de l'ultra liberalisme en prenant l'exemple d'un pays seul, c'est absurde par essence puisque le liberalisme ne peut fonctionner à 100% que si tous les pays jouent le jeu en même temps (et sans tricher).
d'autre part je ne suis pas tout à fait d'accord quand il dit que le but ultime du liberalisme c'est la croissance. en tout cas c'est pas ma vision des choses.
et c'est pourquoi je trouve le point qu'il soulève ensuite hors propos quand il dit que les inégalités sont produites par le liberalisme (ca je suis d'accord) mais que ca va à l'encontre de son objectif.
Pour moi l'objectif du liberalisme c'est que chacun soit rétribué en fonction de son apport à la juste valeur (celle du marché). Hors il y aura toujours des gens qui feront plus que d'autres, donc il y aura naturellement des inégalités. Mais ces inégalités seront justes.

après globalement, qu'il y ait des excès à corriger c'est sûr...


Enfin c'est culotté de prendre l'exemple du Chili dans la période actuelle quand on peut faire miroiter l'exemple du Venezuela (pour ceux qui capteront toute l'ironie de l'histoire)

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Quote (F34RG0D @ May 31 2016 09:48pm)
oui j'ai lu. il y a quand même des critères importants qu'ils ne prennent pas en compte.
typiquement décrire les problèmes de l'ultra liberalisme en prenant l'exemple d'un pays seul, c'est absurde par essence puisque le liberalisme ne peut fonctionner à 100% que si tous les pays jouent le jeu en même temps (et sans tricher).
d'autre part je ne suis pas tout à fait d'accord quand il dit que le but ultime du liberalisme c'est la croissance. en tout cas c'est pas ma vision des choses.
et c'est pourquoi je trouve le point qu'il soulève ensuite hors propos quand il dit que les inégalités sont produites par le liberalisme (ca je suis d'accord) mais que ca va à l'encontre de son objectif.
Pour moi l'objectif du liberalisme c'est que chacun soit rétribué en fonction de son apport à la juste valeur (celle du marché). Hors il y aura toujours des gens qui feront plus que d'autres, donc il y aura naturellement des inégalités. Mais ces inégalités seront justes.

après globalement, qu'il y ait des excès à corriger c'est sûr...


Enfin c'est culotté de prendre l'exemple du Chili dans la période actuelle quand on peut faire miroiter l'exemple du Venezuela (pour ceux qui capteront toute l'ironie de l'histoire)


J'comprends pas trop ta remarque sur le Chili.
C'est juste que ça a été le labo expérimental des Chicago boys à l'époque donc ça semble être un cas particulièrement intéressant pour l'étude du néo-libéralisme.
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Jun 2 2016 06:48am
« typiquement décrire les problèmes de l'ultra liberalisme en prenant l'exemple d'un pays seul, c'est absurde par essence puisque le liberalisme ne peut fonctionner à 100% que si tous les pays jouent le jeu en même temps (et sans tricher). »
C'est beau, on dirait du Staline.
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Quote (TaGueule @ Jun 2 2016 02:04pm)
J'comprends pas trop ta remarque sur le Chili.
C'est juste que ça a été le labo expérimental des Chicago boys à l'époque donc ça semble être un cas particulièrement intéressant pour l'étude du néo-libéralisme.


non je trouve ça drole quand on voit mélanchon acclamer le venezuela il y a 3 ans alors qu'on voit ajd les résultats.

sinon pour en revenir au liberalisme, tu peux regarder aussi la GB sous thatcher ou les US plus globalement, ça reste quand même des réussites...
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Jun 2 2016 11:50am
UK sous Thatcher + réussite? Non non tu fais fausse route.
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