Quote (Akiba @ Jan 24 2014 11:03pm)
Le problème mon petit gars, c'est que tu places le bonheur entre les mains du sage, qui reste une figure mythique.
Si j'me trompe pas, tu dois être un lecteur de philosophie antique entre autre : est-ce que tu réalises que le sage représente plus un idéal qu'un individu à proprement parler ? C'est pas pour rien que selon la tradition grecque, le sage n'apparaît que tous les 500 ans.
Tu fais reposer la recherche du bonheur sur une pure dialectique plaisir / pensée, et quoi que ça puisse être partagé par pas mal de gens, le bonheur est quelque chose de beaucoup plus profond à mon avis.
Ce qui caractérise proprement le bonheur c'est un état d'ataraxie, et même dans cet état d'ataraxie, on ne pourrait éprouver le bonheur en tant que tel, parce que l'ataraxie est une disposition particulière épurée de tout affect, ce qui fait que le bonheur n'est certainement pas une jouissance, mais une sorte d'harmonie cosmique imperturbable.
Mais en fin de compte, ton raisonnement arrive à cette conclusion : puisque le sage est une figure idéale, le bonheur est forcément un concept abstrait qui sert lui-même à représenter l'apogée de l'épanouissement qui se dissout à son tour pour prendre une autre forme qui est celle de l'ataraxie. En d'autres termes, le bonheur reste fondamentalement quelque chose d'imperceptible, c'est juste un vocable qui sert à couvrir une fantaisie à laquelle l'homme aspire.
J'ai pas lu tout le topic, mais dans tous les cas, ça m'étonnerait que Akynuz soit allé aussi loin en prétendant trouver le "bonheur" dans les biens matériels, et même si il a utilisé ce terme, c'était peut-être pour désigner une autre réalité.
Le fait de monter sur ces grands chevaux et d'essayer de le foudroyer avec ton jargon philosophique prête plus à rire qu'autre chose.
Mais bon j'suis ravi de voir que ça philosophe dur par ici, même si la philo morale, et notamment le domaine éthique, on y trouve pas grand chose d'intéressant quand on ne s'attache qu'à ça imo.
C'est le cheminement vers la sagesse qui importe, pas d'être un sage (gros cliché ce que je dis là quand même ^^)
Je considère l'ataraxie comme la négation de l'homme en tant qu'être de sens et de ressentiment, et je ne suis pas du tout d'accord avec le fait que le bonheur soit un concept abstrait. C'est le problème de la philosophie et c'est ce qui fait que je n'ai jamais accroché à cette matière... Elle nie l'individu au profit de concepts généralistes - et dans lesquelles personne ne peut plus se reconnaitre.
Nous avons tous un vécu, un ressenti de chaque évènement / objet / idée différent de celui des autres. Donc forcément la recherche de notre bonheur, y compris lorsqu'on considère que celui-ci ne peut se faire au détriment du bonheur d'autrui, ne prendra jamais le même cheminement que celui des autres. Le bonheur universel est donc multiple puisque subjectif, et il n'y a donc pas un idéal abstrait du bonheur - ou un sage en tant que figure idéale. Chaque individu ne pourra devenir un "sage" pour lui-même que s'il intègre sa propre subjectivité, ce qu'il ressent et ce qu'il a vécu.
Enfin réflexion purement personnel, on ne peut que se faire une idée de ce qu'est le bonheur et travailler à ce qu'il arrive. Le bonheur n'est jamais présent, c'est un constat qui ne peut se faire qu'en regardant derrière nous. Le bonheur est passé, c'est la jouissance (tout comme la joie dirait Jollien) qui est présent.